îles lofoten, région polaire, Norvège
Ecologie

La Norvège, un exemple de transition écologique à suivre ?

La Norvège a multiplié ces dernières années les gestes forts pour préserver la biodiversité et lutter contre le changement climatique. Mais certains continuent de pointer du doigt ses contradictions, et notamment le fait que ce pays reste un gros producteur de gaz et de pétrole, contribuant au réchauffement climatique. Décryptage d’un paradoxe.

 

Le rapport des Norvégiens à la Nature est fort, presque sacré. Il y a même un terme pour désigner leur amour pour la nature, et leur besoin de vivre en plein air : le ‘friluftsliv’. Cet art de vivre pourrait expliquer le niveau élevé de bonheur affiché par la population. C’est aussi le pays qui a inventé en 1987, sous l’égide de son ex-premier ministre Mme Gro Harlem Bruntland, le concept de développement durable. L’un des premiers pays aussi à instaurer une taxe carbone en 1991. Avant-gardiste, la Norvège continue de l’être sur un plan écologique.

Un pays précurseur

  • Tolérance zéro pour la déforestation: il interdit désormais toute déforestation sur son sol, et exclut aussi des marchés publics toute offre provenant d’une entreprise dont les produits peuvent avoir un impact sur la déforestation (huile de palme, soja, bœuf, bois…)
  • Champion du monde de l’e-mobilité, grâce à une batterie d’incitations : exemption de nombreuses taxes à l’achat (y compris la TVA), péages, ferrys et parkings gratuits, autorisation d’emprunter les couloirs de bus…. En 2018, la moitié des voitures particulières vendues dans le pays étaient soit des véhicules électriques, soit des hybrides rechargeables. Et le pays compte interdire la vente des véhicules équipés d’un moteur à combustion dès 2025.
  • Objectif empreinte carbone neutre d’ici à 2030. L’électricité étant produite à 95% par énergie hydraulique, le pays devra recourir en grande partie à l’achat de crédits compensatoires à l’étranger pour ramener à zéro le volume net d’émissions de gaz à effet de serre.
  • Le pays renonce à un projet de forage dans les îles Lofoten (et donc à un pactole de 65 milliards de dollars), pour protéger cette région au nord du cercle polaire, qui abrite des milliers d’espèces végétales et animales, et la plus grande barrière de corail en eaux froides.
  • Green buildings : les nouveaux immeubles de plus de 500 m² doivent désormais tirer 60% de leur énergie d’une source renouvelable. Et c’est dans ce pays qu’a été créée la norme à énergie positive ’Powerhouse’, la seule norme aujourd’hui à inclure le cycle des matériaux, la production énergétique, l’exploitation du bâtiment, la rénovation et la démolition dans son bilan énergétique!
  • Tourisme durable, les fjords norvégiens, bientôt une zone à zéro émission: d’ici 2026, seuls les bateaux électriques pourront y circuler.
  • Oslo consacrée capitale verte de l’Europe pour l’année 2019. Oslo innove sur plein de plans : transports électriques, réduction de la part des véhicules motorisés -et installation à la place de mobilier urbain, d’espaces verts, de pistes cyclables …-, interdiction dès 2020 de chauffer au mazout tout bâtiment, énergie produite à partir de l’incinération de déchets, aéroport collectant et stockant la neige pour refroidir le terminal en été….

Septième exportateur mondial de CO2

Ingrid Lomelde, stratège chez WWF Norway, parle de « dissonance cognitive », quand elle évoque la contradiction entre les paroles et les actes de la Norvège, le fait que le pays soit à la fois un pionnier de l’écologie et l’un des plus grands pollueurs à l’exportation. En jeu, on retrouve la manne pétrolière.

  • La Norvège a bâti sa richesse sur le pétrole : découvert à la fin des années 60, le pétrole a transformé ce petit pays de pêcheurs, parmi les plus pauvres d’Europe, en l’un des pays les plus riches du monde (7ème pays le plus riche d’après les derniers chiffres du FMI). La Norvège est aujourd’hui le premier pays producteur de pétrole et de gaz naturel d’Europe de l’ouest.
  •  Un secteur clef de l’économie : aujourd’hui pétrole et gaz naturel représentent plus de la moitié des exportations du pays, 20% des revenus de l’Etat et le secteur emploie directement ou indirectement 6% de la population active. En mars 2019, le gouvernement a affiché son souhait d’ouvrir 90 nouveaux blocs à l’exploration pétrolière au large des côtes nationales, une annonce faisant suite à l’octroi 2 mois plus tôt de 83 nouvelles licences d’exploitation.
  • La Norvège exporte sa pollution : classée par l’ONU au 15ème rang des pays les vertueux du monde en matière d’impact environnemental (volume de CO² généré à l’intérieur de ses frontières), le pays plonge selon la même source au 128ème rang, si l’on tient compte de la pollution qu’elle exporte.

Une transition nécessaire et opportune

Les temps changent, et le pays a entamé sa transition pour sortir de l’âge du pétrole.

  • Le Fonds souverain de Norvège verdit ses placements, et se désengage progressivement du secteur minier, pétrolier et gazier, pour limiter les risques financiers liés à la chute inévitable des prix du pétrole, en raison de la montée en puissance des énergies renouvelables Le fonds souverain le plus important au monde (1000 milliards de dollars), alimenté par les revenus de l’or noir, est autorisé à investir davantage dans les énergies renouvelables. Un signal fort sur les marchés financiers, le Fonds ayant souvent montré la voie en matière d’exclusion d’actifs présumés nocifs.
    Le consensus politique autour du pétrole commence à se fissurer. Les Norvégiens réalisent l’urgence climatique et la nécessité de sortir d’un modèle qui n’est pas durable.
    La lutte contre le changement climatique connaît une judiciarisation croissante. Même si le premier procès de justice climatique – les ONG Greenpeace Nordic et Nature et Jeunesse, accusant l’Etat norvégien de violer la Constitution du royaume et l’Accord de Paris (2015), en continuant de produire des énergies fossiles- a été une défaite (le jugement peut faire encore l’objet d’un appel), associations et citoyens risquent d’être de plus en plus nombreux à faire valoir leur droit à vivre dans un environnement sain.
    Une contrainte, la transition énergétique, peut se transformer en opportunités, avec à la clef, de nouveaux débouchés : énergies renouvelables, efficacité énergétique, technologies propres, ville intelligente et durable…

La Norvège dispose aujourd’hui d’atouts importants pour être un laboratoire de solutions et montrer l’exemple: le pays est faiblement peuplé (5 millions d’habitants), prospère, très riche en ressources naturelles (forêts, eau, mers, vent…), et capable d’impulser une politique volontariste en matière de transition écologique.

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