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Ecologie

Entre eco-anxiété et syndrome de l’autruche, comment communiquer efficacement sur les enjeux climatiques?

Devant les expressions de plus en plus manifestes et nombreuses du dérèglement climatique en cours, les discours se radicalisent pour tenter de provoquer un électrochoc, afin de redresser la barre au plus vite et de prendre des mesures radicales, voire de changer de modèle de société. Mais parler d’apocalypse et de fin de monde ne risque-t-il pas d’être contreproductif ? Aux antipodes, il y a les «autruches» et les négateurs du changement climatique… Comment communiquer efficacement sur ces enjeux cruciaux pour notre avenir et celui de nos enfants?

• L’écoanxiété
De nouveaux mots, comme éco-anxiété, dépression verte, névrose climatique, sont apparus, reflétant l’angoisse qui gagne de plus en plus de personnes. Elles entendent un climatologue de renom, Jean Jouzel, et un économiste, Pierre Larrouturou, alerter sur les risques proches de chaos climatique et financiers (Pour éviter le chaos climatique et financier, Odile Jacob, 2017), un biologiste, Pablo Servigne, et un chercheur, Raphaël Stevens, à l’origine du terme collapsologie (science de l’effondrement de la civilisation), parler de la fin inéluctable de notre civilisation (Comment tout peut s’effondrer, Seuil), ou encore la célèbre auteure de polars, Fred Vargas, ex-chercheuse au CNRS, dénonce dans son dernier livre (L’Humanité en péril, Flammarion), les crimes commis contre la planète, le poids des lobbys, et l’inaction des politiques… Des Australiens, David Spratt, directeur de recherche à Breakthrough, et Ian Dunlop, ex-cadre de l’industrie des énergies fossiles, s’appuyant sur le pire scénario possible, estiment même à 2050 le point de non-retour, et à trois décennies la forte probabilité selon laquelle la civilisation humaine toucherait à sa fin. Ces nouvelles font frémir. Mais font-elles réagir ou à l’inverse, baisser les bras et sombrer dans le défaitisme? Pour le philosophe Dominique Bourg*, «le récit écologique dominant est encore trop tendu vers la catastrophe pour devenir le levain d’une société nouvelle».

• Le syndrome de l’autruche
A l’opposé, on trouve le syndrome de l’autruche, dont parle le sociologue et philosophe américain George Marshall*, qui expliquerait en partie l’inertie de la population. Notre cerveau fonctionne sur un système de pertes et de gains. Or, ce qu’on demande aux gens, c’est de faire de nombreux sacrifices maintenant, en termes de confort et d’habitudes, pour éviter d’éventuelles pertes futures qui ne sont pas encore connues avec précision. Ajouté à cela le problème de dilution de la notion de responsabilité : pourquoi ferais-je quelque chose pour la planète, alors que les efforts déployés par les Etats pour respecter l’accord de Paris sont encore dérisoires et que mon voisin s’en contrefiche?

• Entre éco anxiété et syndrome de l’autruche, quel discours tenir ?
Déjà dire qu’il n’est pas trop tard, mais que l’horloge tourne et la mobilisation doit être rapide et massive, à tous les niveaux (Etats, entreprises, citoyens …). Dominique Bourg évoque l’encyclique inspirante du pape François, publiée en juin 2015, Laudato si‘*, dans laquelle le pape dénonce quatre attitudes perverses face au changement climatique : la négation du problème, l’indifférence, la résignation facile, et la confiance aveugle dans les solutions techniques. D’autres ressorts peuvent aider, selon lui, à construire le récit, notamment «le combat pour notre santé, contre l’empoisonnement agricole et industriel de notre environnement», et «la lutte pour nos libertés démocratiques contre les manigances des grands groupes et de leurs tribunaux arbitraux, qui réclament aux Etats, au nom de la protection de leurs investissements, des sommes folles quand ceux-ci ont le courage de défendre les intérêts ou la santé de leurs citoyens».
Il faut aussi proposer une alternative à notre modèle de société, tendre pourquoi pas Vers la sobriété heureuse dont parle Pierre Rabhi*, qui nous ferait renouer avec la nature et nos émotions. Nous vivons majoritairement en ville, donc déconnectés de la nature, et de ce qui fait son équilibre. Il faut enfin montrer aux gens des solutions concrètes, aux impacts mesurables, en termes de qualité de vie, de santé, d’emplois, pour leur donner envie de faire partie de la solution. Le succès des villages des alternatives (Alternatiba) qui ont essaimé en France, ou d’un film comme Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent, démontre qu’il y a une réelle attente en la matière.

* Dominique Bourg, philosophe à l’université de Lausanne (Suisse), co-auteur notamment avec Alain Papaux du Dictionnaire de la pensée écologique (PUF, « Quadrige dicos poche », 2015)
* Le syndrome de l’autruche de George Marshall, Actes Sud
* Laudato si‘, du pape François
* Vers la sobriété heureuse, de Pierre Rabhi, Actes Sud
* Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent

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