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Ecologie

D&L, pour une mode durable

D&L, pour une mode durable

Diane et Lena sont des jumelles que j’ai connues hautes comme trois pommes. Elles ont 23 ans et tracent résolument leur chemin dans la vie. Difficiles à différencier, Diane a juste le visage plus petit et rond. L’une commande un ice tea, l’autre la suit. L’une commence une phrase, l’autre la termine… Conscientes de la finitude des ressources sur terre, de la pollution et du consumérisme effréné, elles ont décidé d’agir pour une mode plus durable, sachant que l’industrie textile est la seconde industrie la plus polluante au monde, très gourmande en eau, électricité, produits chimiques et que 85% des produits finissent à la poubelle.

 

Quand avez-vous changé de regard sur la mode et comment est née l’idée de votre plateforme D&L ?

Léna Tout a commencé il y a environ un an, suite à un voyage au Vietnam où nous nous étions retrouvées. Nous avons été choquées par la masse des vêtements sur les marchés locaux. Du coup, nous nous sommes un peu renseignées sur le sujet et nous avons rencontré Florence Bacin, la coordinatrice pays de Fashion Revolution, le plus grand mouvement mondial en faveur d’une mode éthique et durable, actif dans plus de 100 pays. Elle nous a ouvert les yeux sur l’envers du décor et, en parallèle de ça, par hasard ou peut-être pas, nous avons regardé un documentaire sur Netflix, « The true cost », qui nous a fait vraiment shifter…
Diane Ce documentaire nous a interpellées sur le coût réel de la production des vêtements, si on prenait en compte son empreinte écologique et son coût social. A partir de là, nous avons commencé à rechercher des marques plus écolos, comme Veja, Reformation, des labels comme Oeko-tex, Fair Wear Foundation, Bluesign, GOTS (Global Organic Textile Standard) .
Lena Nous avons réalisé à quel point nous étions ignorantes de ce monde parallèle et nous avons voulu alerter sur ces réalités-là.

Quels sont les objectifs de votre plateforme ?
Diane Essentiellement faire de l’éducation et de la sensibilisation, à travers nos réseaux sociaux, en commençant à Maurice, où nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un réel besoin et tout à faire.
Lena L’industrie textile s ’essouffle à Maurice, la main-d’œuvre est devenue trop chère, les entreprises ont délocalisé leur production dans des pays comme Madagascar, ou le Bengladesh. Elle doit se renouveler.

Certains gros groupes textiles mauriciens comme Ciel ont mis en place une démarche de durabilité…
Diane Sous la pression des consommateurs… Les marques exigent des fabricants qu’ils changent.
Lena Les marques ont tout à intérêt à se positionner dès maintenant, car si elles ne se remettent pas en question, elles seront « out of the game ».

Qu’est-ce que vous voyez comme grandes tendances positives à l’œuvre aujourd’hui dans le domaine de la mode?
Léna Les consommateurs réalisent que leur pouvoir d’achat est un levier d’action et grâce à eux, la chaîne de production peut changer. Nous capitalisons là-dessus, et nous éduquons à fond les consommateurs. Nous allons dans les entreprises, les associations, les écoles, nous faisons une présentation ou une activité qui donne à réfléchir sur l’impact environnemental et social de la production de vêtements. Nous avons lancé aussi un événement mensuel de    «clothes swapping» (échanges de vêtements), en partenariat avec le groupe hôtelier Véranda, dont la première édition a eu lieu à Tamarin en juillet 2019. Les gens viennent avec cinq vêtements de bonne qualité dont ils ne veulent plus et dont ils se servent comme monnaie d’échange. L’idée est de rallonger la durée de vie des vêtements et de montrer aux consommateurs qu’il n’est pas nécessaire à chaque fois d’acheter de nouveaux vêtements, et qu’il y a des alternatives qui prennent en compte l’environnement.

Quelles sont vos responsabilités en tant que coordinatrices pays de Fashion Revolution?
Diane Organiser la semaine Fashion Revolution autour du 24 avril, en souvenir de l’effondrement en 2013 du Rana Plaza- une usine textile au Bengladesh- qui a fait 1134 morts et 2 500 blessés. La campagne mondiale #whomademyclothes (Qui fait mes vêtements et dans quelles conditions ?), incite les consommateurs à demander plus de transparence aux marques. De plus en plus de marques mettent en place des chartes de transparence, et Fashion Revolution publie désormais un Fashion Transparency Index …

Les choses bougent entre l’émergence de marques plus éthiques et durables, le mouvement Fashion Revolution, les reportages et documentaires à charge sur  l’industrie textile …
Léna La prise de conscience est encore très minoritaire. Même si une partie des consommateurs commencent à changer, ça demande beaucoup d’efforts au quotidien et nous réalisons, via les réseaux sociaux comme Instagram, que la majorité est encore dans la surconsommation, le paraître, l’image de soi …
Diane Toutes les filles veulent acheter la dernière robe que telle influenceuse a postée sur Instagram, à chaque fois que quelqu’un poste une nouvelle photo, il faut que ce soit avec un nouveau vêtement, les marques l’ont bien compris !

Vous êtes dans une ambivalence vis-à-vis des réseaux sociaux, car ils sont à la fois une caisse de résonance essentielle pour faire de l’éducation et de la sensibilisation, et en même temps, ils exacerbent le paraître, l’image de soi.
Lena On doit faire face surtout à un autre gros problème, c’est l’accessibilité de la mode : pour 100 euros, les gens peuvent avoir 10 tee-shirts et préfèrent avoir plus de choix pendant moins longtemps.
Diane Aujourd’hui, les consommateurs veulent avoir du choix mais à petits prix, en tenant compte de l’environnement et des travailleurs. Du coup, il y a une demande croissante pour les vêtements de seconde main, les échanges de vêtements, la revalorisation par le recyclage (upcycling), avec en Europe un site comme Vinted. On a grandi avec l’accessibilité des vêtements à petits prix. Seule une frange de la population avec un certain niveau de pouvoir d’achat pourra acheter des marques « sustainable » tandis que les jeunes iront vers des alternatives genre seconde main, location et échanges de vêtements.

Vous êtes citoyennes du monde, avec des racines françaises, mauriciennes et sud-africaines. Où vous projetez-vous dans quelques années ? Encore ensemble sur un plan professionnel ?

Lena Oui, toujours ensemble ! Nous avons des caractères très différents, mais également très complémentaires. Diane est psychorigide, je suis dans la lune, mais on fonctionne bien ensemble !
Diane On a trouvé notre équilibre. On se projette en Afrique, pour plusieurs raisons : c’est le berceau de l’humanité, c’est là où nous avons grandi, et c’est le dépotoir du monde en matière de déchets textiles. Il y a énormément à faire au niveau de l’éducation et de la sensibilisation. Grâce au mouvement Fashion Revolution, nous avons échangé avec pas mal d’acteurs en Afrique du Sud, à Madagascar et au Zimbabwe et nous réfléchissons à la manière dont nous pourrions unir nos forces et créer quelque chose à l’échelle du continent. Nous nous positionnons pour l’instant surtout comme des médiatrices, nous connectons différents acteurs, nous sommes régulièrement contactées par des producteurs, designers, entreprises.

Seriez-vous en train de devenir consultantes ?
Diane Nous ne voulons pas travailler sur les aspects produits chimiques, traitement de l’eau. Nous souhaitons davantage intervenir au niveau des designers – petits et moyens -, leur expliquer ce qui peut être fait en amont, pour réduire les déchets, augmenter l’aspect recyclable. Peut-être écrire un booklet pas cher sur comment devenir un ‘sustainable fashion beginner’…

Comment peut-on concilier mode et environnement ?

Diane On a créé une petite infographie pour montrer comment on peut devenir un consommateur responsable : ex : faire du sur-mesure, valoriser les marques utilisant des matériaux organiques, innovatrices et écoresponsables, échanger, emprunter ou louer…

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Lena Quand on dit mode durable, tout de suite les gens pensent aux matériaux, mais ça va bien au-delà, c’est plus un état d’esprit qu’il faut changer.
Diane Un consommateur éduqué est un consommateur engagé. On ne dit pas aux gens d’arrêter d’acheter des vêtements, mais de le faire de manière plus consciente.

Et ça a changé votre façon de vous habiller ?
Lena Oui et c’est même galère (fous-rires). On ne fait plus de shopping chez des marques comme Zara ou Mango qu’on boycotte, ça nous a forcées à reconstruire une relation avec les vêtements qu’on avait dans notre armoire, dont la moitié étaient déjà aux oubliettes…
Diane Forcées aussi à définir notre style pour se dire si j’achète ce vêtement, je sais que je vais vraiment le porter. Avec la ‘fast fashion’, on avait tendance à suivre la mode de manière impulsive !

Vous faites des économies, du coup ?
Léna Je n’ai rien acheté de neuf depuis au moins 6 mois

Vous réussissez à convaincre votre entourage ?
Diane Ils se sentent coupables quand ils nous offrent un tee-shirt, ou justifient le côté durable de leurs achats, ce qui est déjà bien…
Lena La graine est semée.

On m’a rapporté une anecdote avec Gunter Paoli, le pape du développement durable et de l’économie circulaire, en conférence à Maurice. Il incitait les jeunes à oser et entreprendre. Diane, tu lui as demandé s’il avait un programme d’accompagnement, il t’a dit de lui envoyer un mail expliquant votre projet. Du tac au tac, tu lui as répondu « Je vous ai déjà écrit, mais vous ne m’avez pas répondu ». C’est quoi ta devise dans la vie ?
Diane (dans un grand sourire) La chance sourit aux audacieux.

Et toi Lena ?
Lena Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions!

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